Les diplômés étrangers ont-ils une chance ?

Par La Page de l'Emploi, le 09/11/2011Imprimer cet article

Jusqu’à présent, la loi du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration offrait une dérogation aux diplômés de niveau master : ils pouvaient ainsi disposer d’une autorisation provisoire de séjour de six mois pour trouver un poste sans que l’employeur ne soit obligé de prouver l’absence de compétences françaises sur le poste. Une loi tout aussi bénéfique pour les entreprises qui voyaient là un bon moyen de recruter des « cerveaux » étrangers aux talents multiples. La Circulaire du mois de mai introduit des restrictions qui suppriment cette période de 6 mois.  Par ailleurs, la liste des métiers pour lesquels la situation du marché de l’emploi n’est pas opposable a été réduite de plus de la moitié.

Ainsi, la Circulaire de Claude Guéant du 31 mai essuie de nombreuses critiques et pour cause, plus de 200 étudiants seraient concernés, 30 nouveaux cas détectés tous les jours et une vingtaine sommés de quitter le territoire français, selon les chiffres du Collectif du 31 mai.  Cette circulaire envoyée aux préfets portait sur la « maîtrise de l’immigration professionnelle » et leur demandait d’examiner très strictement les demandes de passage d’un statut d’étudiant étranger à celui de salarié étranger. Mais elle complique surtout la situation des jeunes diplômés en leur limitant l’accès à l’emploi. Résultat : écoles, universités et entreprises s’insurgent. « C’est un système qui pénalise la France en termes d’attractivité universitaire et d’un point de vue économique », précise Pierre Aliphat, le directeur général de la Conférence des grandes écoles.

A l’issue d’une réunion avec des représentants de la CPU (Conférences des présidents d’universités) et de la CGE (Conférence des grandes écoles) datant de début octobre, Laurent Wauquiez a annoncé souhaiter que l’application de ce texte soit plus souple soulignant que  « la France souhaite attirer les meilleurs étudiants et les former » car ils pourront être demain « les ambassadeurs de notre pays ». Des corrections mais pas de retrait définitif de la Circulaire, cela sera-t-il suffisant ?

Interview de Julie Scali, Directrice Senior de la division Informatique au sein du cabinet de recrutement Page Personnel.

Comment es-tu impactée par la Circulaire de Claude Guéant du 31 mai dernier ?

La division Informatique de Page Personnel est fortement impactée par cette Circulaire car certains profils que nous recrutons, notamment les profils d’Ingénieurs Etudes et Développement débutants, sont très demandés par nos clients et les compétences françaises ne suffisent pas à elles seules à répondre à cette demande.

Par ailleurs, une majorité de candidats qui postulent à nos annonces pour les postes de développeurs Java JEE, PHP ou .Net sont de nationalités étrangères, notamment des pays du Maghreb. Avant de pouvoir s’intégrer dans une entreprise sur le long terme, ils devront procéder à une modification de leur statut d’étudiant étranger vers le statut de salarié étranger. Nous sommes donc confrontés à la problématique de l’immigration professionnelle de manière récurrente.

Le durcissement des démarches administratives, lié à la Circulaire Guéant, la lourdeur des procédures de changement de statut et l’incertitude quant à la délivrance d’un titre permettant de travailler constituent autant d’obstacles que le recruteur ou le chef d’entreprise préférerait éviter.  

Comment te positionnes-tu par rapport à cette Circulaire ?

Page Personnel est particulièrement attachée au respect des règles de déontologie de la profession et à celui des dispositions légales en matière de recrutement, principalement en ce qui concerne la non-discrimination et l’égalité des chances. C’est pourquoi, nous ne sélectionnons jamais un candidat sur la base de la nationalité ou de son origine. En revanche, nos clients sont légalement tenus de vérifier la nationalité et de surcroît, les autorisations de travail avant une possible embauche.

En tant qu’intermédiaires du recrutement, nous sommes confrontés à une situation ubuesque. Nos clients ont besoin de recruter et souhaitent pouvoir embaucher des étudiants performants qui ont été formés dans nos écoles.

Page Personnel rencontre de réels freins à l’emploi et je pense que nous devons continuer à parler des difficultés posées par ce texte afin de retrouver un peu plus de souplesse dans les autorisations de changement de statut.

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