Quel travail voulons-nous ? (1/2)

Par La Page de l'Emploi, le 25/01/2012Imprimer cet article

En avril 2011, Radio France a lancé auprès de tous les auditeurs des radios du groupe, la grande enquête « Quel travail voulons-nous ». Les résultats ont été rendus publics le 23 janvier dans le cadre d’une journée-événement avec des débats au théâtre du Rond-Point et de nombreuses émissions où sont intervenus des experts, des politiques, des responsables patronaux et syndicaux, et les premiers intéressés : les Français. Retour sur les grands enseignements de l’enquête (le site dédié est ici)

Une participation qui parle d’elle-même

70 000 personnes ont répondu au (long) questionnaire de Radio France, 3000 ont apporté leur témoignage. Or il n’y avait strictement rien à gagner !!! Cela suffit à prouver combien la question du travail occupe et préoccupe les Français. Attention cependant : l’échantillon n’est pas représentatif et c’est un des points intéressants de l’enquête : les répondants sont majoritairement des cadres, des professions intermédiaires et intellectuelles, des fonctionnaires – bref une population qui est plus diplômée que la moyenne et qui, en outre, est moins confrontée au chômage.

Le premier constat est paradoxal : « il y a un amour réel du travail et du métier, souligne Jérôme Bouvier, médiateur de Radio France. En revanche quand on demande si les conditions d’exercice de ce métier sont satisfaisantes, les réponses sont globalement très négatives, avec un sentiment de dégradation depuis 10-15 ans sur la nature, la qualité et, surtout, le sens du travail. »

La question du sens est centrale

La plupart des commentateurs ont souligné cette quête de sens partagée par beaucoup de salariés, tant du privé que du public : je ne sais plus pourquoi je travaille, je ne sais plus quels sont les objectifs que l’on me donne. « C’est le résultat d’une taylorisation qui fait que, à force de segmenter l’irresponsabilité de chacun, plus personne ne sait vraiment pourquoi il travaille. Cette perte de sens est au cœur des témoignages », poursuit Jérôme Bouvier.

Pour la sociologue Dominique Méda,  la photo que donne cette enquête est plutôt grise : une population longtemps satisfaite de son travail et de ses conditions de travail témoigne aujourd’hui de son grand malaise au travail. « Dans les enquêtes générales, 80% des gens disent qu’ils sont satisfaits de leur travail, les moins contents sont traditionnellement les ouvriers et les employés. On voit là qu’il s’est passé quelque chose. Il y a eu une rupture et c’est inquiétant », souligne-t-elle. C’est inquiétant parce que l’attachement au travail étant très fort, la déception est d’autant plus grande et douloureuse.

Que s’est-il passé dans le management ?

Depuis 30 ans la pénibilité, plus psychologique que physique, s’est généralisée à toutes les CSP. Ce qui est en cause, c’est la pression du travail, le sentiment de perte de sens mais aussi des modes de fonctionnement avec la perte d’une fonction essentielle : celle du management. « Les nouvelles méthodes de management, les technologies, la rationalisation de process, les nouvelles contraintes de performance de l’entreprise ont fait des managers des techniciens et ont dissout la dimension humaine de leur fonction. Les salariés ont le sentiment que la reconnaissance de leur travail vient davantage de leurs collègues et de leur famille que de leur management et de la gouvernance de l’entreprise » note Patrick Lègeron, psychiatre spécialiste du stress en entreprise.

Un des points qui ressort fortement de l’enquête, pour Dominique Méda, est la place de la productivité et le rôle que joue le manager dans le contrôle de cette productivité : « les salariés, y compris du secteur public, ont l’impression que les objectifs leur tombent sur la tête et que personne ne va l’aider à les atteindre. On a installé une couche d’indicateurs et d’instruments de gestion qui rendent complètement opaque la relation au travail et le sens du travail. »

(à suivre…)


Posez vos questions à Page Personnel

Les articles les plus lus


Les employés d’abord, les clients ensuite - Le nouveau mot d’ordre managérial ?

Avec ce titre slogan paru en France en mai 2011, Vineet Nayar est devenu en l’espace de quelques mois le nouveau gouro ...

Une carrière conjuguant avec bonheur intérim et CDI

Depuis 20 ans, Mme B. assiste des présidents et des directeurs généraux de grandes sociétés ou d’institutions. Lo ...

Les cabinets de recrutement, alliés objectifs des candidats

Chaque jour, nous constatons que les candidats ont du mal à comprendre le rôle et les processus des cabinets de recrut ...

Les thèmes du blog

Retrouvez-nous sur :

Partage

Wikio - Top des blogs - Emploi