Maman travaille - Interview de Marlène Schiappa

Par La Page de l'Emploi, le 30/09/2011Imprimer cet article

Dans son guide « Maman travaille », Marlène Schiappa nous dévoile quelques astuces et conseils pour les mères qui travaillent et ont parfois du mal à jongler entre vie familiale et vie professionnelle.

Comment peut-on expliquer que les mères qui travaillent se sentent parfois si coupables ?

Nous vivons dans une société où la place de la mère est survalorisée. L’idéologie de la « bonne mère », celle qui reste à la maison pour être « maman à plein temps » comme on dit parfois à tort, est très présente, que ce soit dans les médias ou chez les professionnels de l’enfance. A contrario, la mère qui travaille et mène une vie sociale à l’extérieur de son foyer est toujours regardée avec un brin de méfiance, comme si elle adoptait un comportement « masculin ».
Les mères actives sont donc confrontées à deux univers différents et exigeants, le travail et la maternité, et se retrouvent parfois prises en étau entre ces contraintes contradictoires. Au sein du réseau « Maman travaille », elles confient souvent se sentir coupables à la fois vis-à-vis de leur activité professionnelle quand elles sont chez elles avec leurs enfants alors que leur manager a grincé des dents quand elle a dit « enfant malade » ou posé la fameuse question « tu prends ton après-midi » alors qu’elle partait à 18 heures (et allait probablement retravailler tard de chez elle), et coupables vis-à-vis de leur famille quand elles vont chercher leurs enfants tard, parfois quand la nuit est déjà tombée et qu’elles leur donnent un petit pot Blédina, et pas une purée maison préparée pendant les deux dernières heures…

Votre guide regorge de conseils et d’astuces. Quels seraient les principaux conseils que vous pourriez donner à ces mères qui ont du mal à jongler entre vie familiale et vie professionnelle ?

Avant tout, ne pas culpabiliser, donc; même si c’est évidemment plus facile à dire qu’à faire. Se souvenir de la phrase de Freud: « Mères, faites comme vous pouvez: de toute façon, ce sera mal ! » Cela permet de relativiser et de faire descendre la pression. Ne pas se comparer aux autres, également, se dire que chacun avance à son rythme.
Se prémunir du burn-out: les mères actives ont tendance à chercher la perfection dans tous les domaines, et c’est épuisant. Pour dégager du temps pour leur travail, leurs enfants, elles rognent sur le temps consacré aux activités sociales, au repos: certaines dorment à peine, mangent mal, ne se détendent jamais. Prendre du temps pour soi, c’est une façon de se rendre ensuite plus disponible pour ses enfants, d’être plus productive au travail … Cela s’avère donc nécessaire !
Bien sûr, déléguer dès que c’est possible. Le jeune papa peut prendre en charge le ménage, si on a la chance d’avoir des parents disponibles pour jouer leur rôle de grands-parents, on en profite, et si on peut se le permettre, on dégage un budget « services à la personne »: ménage, garde d’enfants… en profitant des 50% remboursés par les impôts. Il faut que les mères lâchent prise: oui, le papa est capable d’emmener les enfants chez le pédiatre, de les habiller, de les garder. Il ne faut pas hésiter à les « utiliser » entre guillemets bien sûr. Dans le livre « Maman travaille », une mère active explique sa technique « CQFAR: Celui qui fait a raison ». Ca évite bien des disputes et incite à la confiance entre les parents ! Mais ce qui ferait véritablement avancer les choses, ce serait que les entreprises prennent en compte le statut de « salarié-parent » comme on dit; en développant les crèches d’entreprises, le télétravail, etc.

Selon vous, quel rôle doit jouer le père dans cette situation ?

Le rôle d’un père: il représente la moitié des parents, il doit donc s’acquitter de la moitié des tâches liées à l’éducation: pas seulement les missions « funs » comme jouer ou faire du sport, mais aussi les galères: changer des couches, prendre des rendez-vous chez le pédiatre, trouver un mode de garde… les responsabilités doivent être partagées.
Actuellement, les femmes gèrent seules 80% des tâches ménagères: c’est une injustice sociale, une inégalité flagrante, qui a des conséquences sur la vie professionnelle des femmes (on ne peut pas à la fois aller chercher ses enfants, faire les courses, et être en réunion) mais aussi des hommes: les pères qui le souhaitent ont parfois du mal à faire comprendre à leur employeur qu’ils doivent prendre une journée enfant malade pour garder leur bébé, par exemple, tant il est ancré dans les esprits que « votre femme le fera ».
Dans ce contexte, rendre le congé paternité obligatoire (et mieux rémunéré, pour permettre à tous de le prendre) me semble une piste sérieuse et intéressante pour tous: l’entreprise pourra profiter des mères actives reposées après un congé maternité, le taux d’absentéisme pour baby-blues chutera, et tout le monde en sortira gagnant !
Le rôle des mères n’est pas forcément d’être à la maison, celui des pères, pas forcément en entreprise: nous devons, tous les deux, pouvoir passer de l’un à l’autre.

C’est ce pour quoi les femmes du réseau « Maman travaille » militent http://yahoo.mamantravaille.fr et ce que je prêche dans le livre Maman travaille.

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