Par La Page de l'Emploi, le 17/10/2011![]()
Annoncée maintes et maintes fois, la révolution du télétravail n’a toujours pas eu lieu. On imaginait dès les années 1980 que le développement des technologies d’information et de communication et l’abaissement de leur coût permettraient à l’horizon 2000 à une part non négligeable de salariés de travailler depuis leur domicile, au moins un jour ou deux par semaine. Il n’en est rien : avec 9% de télétravailleurs, la France est très en deçà de la moyenne européenne (18%) et loin derrière les États-Unis (28%). Si bien qu’en juillet le gouvernement a lancé une nouvelle étude sur la pratique du télétravail dans les grandes entreprises.
La crainte des salariés…
Les grandes entreprises ont en effet mis en place des accords permettant à certains de leurs collaborateurs de télétravailler, ce qui se traduit en outre par avenant à leur contrat de travail. Mais paradoxalement, les salariés qui ont cette possibilité n’en profitent guère. Chez Michelin, par exemple, sur les 8000 techniciens cadres éligibles au télétravail, 62 ont franchi le pas. Chez Renault, sur 24 000 collaborateurs concernés, 400 seulement télétravaillent. Pourquoi ? Parmi les raisons exprimées ou non, la peur figure en bonne position : peur de se couper de ce qui se passe dans l’entreprise ; peur d’être « mal vu » ; peur de ne pas être au bon endroit au bon moment…
Pour Nicole Turbé-Suetens, co-auteur de « Le télétravail en France – Les salariés sont prêts » (Pearson, 2010), cette peur est le reflet d’un mode de management qui reste fondamentalement celui du « commandement » au sens militaire du mot. Un mode figé, basé sur la présence physique plus que sur la réalisation d’objectifs clairement fixés, et totalement anachronique par rapport aux outils de communication que nous utilisons tous et aux modes vie. Elle souligne les lourdes conséquences économiques et sociales de cette situation : une France championne de l’absentéisme (17,8 jours d’absence par an et par salarié), championne de la consommation de médicaments psychotropes et où les troubles psychosociaux grimpent en flèche dans l’échelle des maladies professionnelles.
…Malgré une aspiration forte
Trois franciliens sur quatre seraient favorables au télétravail, et même 88% dès lors que leur temps de transport dépasse 1h*. Il faut dire que le temps passé dans les transports, notamment en voiture, apparaît à beaucoup comme du temps perdu puisqu’ils se rendent sur leur lieu de travail pour s’installer devant un ordinateur (et, de plus en plus, devant le portable qui les accompagne dans leurs migrations quotidiennes…).
Mais ces déplacements sont surtout une source majeure de stress : les embouteillages ou les trains et bus bondés sont la 1ère cause de stress du déplacement domicile-travail pour plus de 72 % des personnes interrogées dans le cadre d’une étude menée dans 78 pays**. S’épargner cette épreuve un ou deux jours par semaine, telle est l’aspiration des salariés, du moins de ceux dont les fonctions sont compatibles avec le travail à distance. Le trajet domicile-travail est pour 60% des Franciliens un cauchemar quotidien dans lequel ils perdent en moyenne 2 heures par jour – 2 heures de leur vie bien entendu puisqu’elles ne font pas partie du temps de travail. 72% le font en voiture et tout ça pour aller faire dans un bureau ce qu’ils auraient matériellement pu faire n’importe où…
Travailler autrement pour vivre mieux
« A l’heure où les DRH nous parlent continuellement d’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle, où l’on parle de plus en plus de bien-être au travail après certains drames, pourquoi ne pas tout simplement envisager une solution qui est à portée de main et qui serait de télétravailler à temps partiel ? » dit Nicole Turbé-Suetens. [Intervention du 15 janvier 2011 TEDxParis]
Le calcul est simple : si vous avez 1h30 de trajet domicile-travail par jour, télétravailler 2 jours par semaine vous permet de gagner 3 heures de temps de vie par semaine mais en fait bien davantage parce que vous limitez le stress et la fatigue et que vous êtes par conséquent plus productif pendant vos heures de travail. Tout le monde y gagne. Voilà pourquoi nous y viendrons – à condition que l’entreprise parvienne à faire évoluer ses schémas managériaux, notamment en définissant mieux les objectifs et l’évaluation du travail réalisé.
* Enquête réalisée par OpinionWay du 2 au 12 novembre 2010, auprès d’un échantillon représentatif de 826 salariés franciliens des secteurs publics et privés
** Étude Regus menée et gérée par MarketingUK auprès de 10 000 professionnels de la base de données mondiale de Regus. Entretiens réalisés en août et septembre 2010.
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