Par Isabelle Bastide, le 30/11/2011![]()
Depuis quelques années, les entreprises multiplient les événements de recrutement et rivalisent en cela de « créativité » : celle-ci organise un job dating, celle-là un tournoi de poker ou un pique-nique… Telle SSII invite les candidats à une dégustation œnologique, tandis que ce loueur de matériel propose de s’entretenir avec un recruteur à 3 mètres du sol dans la nacelle d’un élévateur… A quelle logique obéissent ces initiatives et que changent-elles pour les candidats ?
Se démarquer pour attirer les candidats
Ce n’est pas un hasard si les SSII se montrent les plus inventives : dans un contexte de pénurie persistante, la concurrence est rude pour attirer les talents. Face à des candidats très courtisés, il faut donc se démarquer par l’originalité des méthodes et par l’image que ces méthodes donnent de l’entreprise. Cependant, quel que soit le secteur, il convient de s’interroger sur la pertinence des événements par lesquels les entreprises cherchent à se rendre attractives aux yeux des candidats. En quoi gagner un tournoi de poker fait-il de vous le meilleur candidat pour pourvoir à un poste d’ingénieur ? La chose reste à démontrer et ne peut sans doute pas l’être si l’on s’en tient aux critères rationnels sur lesquels les professionnels du recrutement s’efforcent de fonder leur décision.
L’un des arguments mis en avant par les entreprises qui organisent ce type d’événements est qu’elles cherchent en priorité à attirer l’attention de la « Génération Y », laquelle blasée et peu encline à s’engager, voudrait du « fun » à tout prix… d’où le choix du poker (qui en a laissé plus d’un sceptique…) ou les challenges sportifs proposés aux jeunes diplômés. Il s’agit donc de créer le buzz en organisant un événement suffisamment atypique pour que les médias classiques s’en fassent l’écho et les médias sociaux le relais le plus efficace. L’entreprise donne ainsi d’elle-même une image « jeune et conviviale », à même de séduire sa cible… quitte à passer à côté de très bons ingénieurs qui auraient le défaut professionnel majeur de n’avoir aucun goût pour le poker ou pour le sport… Toute médaille a son revers…
Des opérations de sourcing et de présélection avant tout
C’est à tort que l’on considère ces pratiques événementielles comme de « nouvelles méthodes de recrutement ». Car, sauf pour des jobs peu qualifiés, personne n’est réellement recruté à l’issue de tels événements. En revanche, cela permet à l’employeur d’élargir et de diversifier son sourcing puis de massifier son processus de sélection. Il est évidemment beaucoup plus économique – et aussi plus visible – de concentrer les opérations de sélection sur un événement que de les mener au coup par coup.
Mais il est essentiel de savoir que ces modes de sélection sont tout aussi redoutables que des modalités traditionnelles comme la candidature spontanée ou la réponse à une annonce. Pourquoi ? Parce que les compétences comportementales y comptent énormément. Typiquement, dans un job dating il s’agit de savoir se présenter, parler de ses réalisations et exposer clairement ses aspirations professionnelles en quelques minutes et tous ceux qui s’y sont essayés conviennent que c’est là un exercice difficile qui ne s’improvise pas. Mieux vaut donc s’y être entraîné sérieusement avant et avoir en poche un CV le plus ciblé possible à laisser aux recruteurs.
Pour les candidats sélectionnés, ces événements ne sont le plus souvent que la première étape d’un parcours de recrutement bien plus classique avec examen du CV et entretiens, tests d’aptitude et mises en situation.
Les candidats doivent être vigilants
Que les entreprises cherchent à se rendre visibles et à rencontrer des candidats qui ne viendraient pas vers elles spontanément, est en soi une bonne chose. Toutes les méthodes cependant ne se valent pas et toutes les opérations n’ont pas la même finalité. Ainsi, même si cela peut se révéler compliqué, les candidats doivent chercher à savoir s’il y a réellement des postes à la clé de l’événement auquel ils envisagent de participer. Certaines opérations ne vont pas au-delà de l’effet d’annonce et ne visent que la notoriété de leurs promoteurs. Mieux vaut se renseigner avant et les réseaux sociaux sont un moyen très efficace pour savoir de quoi il retourne exactement.
Certaines méthodes sont, on l’aura compris, passablement discutables. On ne peut pas mettre sur le même plan tournoi de poker, job dating et serious game. Les uns ont un caractère professionnel, les autres beaucoup moins. C’est au candidat de faire preuve de discernement et, en dernier ressort, de juger si ce qu’on lui propose a ou non du sens pour lui. On peut tout de même s’étonner que des recruteurs avancent des arguments quasi obscurantistes comme celui-ci, américain, recrutant pour le compte d’une société de trading : « Si une personne est douée au poker, il y a de fortes chances qu’elle le soit aussi dans les affaires. Ne pas s’intéresser au poker est un signe presque aussi négatif que de ne pas lire le Wall Street Journal »… Voilà qui laissera perplexe les recruteurs sérieux qui se concentrent sur les compétences des personnes qu’ils rencontrent en s’efforçant de limiter la subjectivité et les a-priori discriminatoires.
Avec ce titre slogan paru en France en mai 2011, Vineet Nayar est devenu en l’espace de quelques mois le nouveau gouro ...
Depuis 20 ans, Mme B. assiste des présidents et des directeurs généraux de grandes sociétés ou d’institutions. Lo ...
Chaque jour, nous constatons que les candidats ont du mal à comprendre le rôle et les processus des cabinets de recrut ...