Le travail à la française : qu’en pensent nos voisins ?

Par , le 11/09/2012Imprimer cet article

Travail à la françaiseDe nombreuses entreprises sont implantées à l’international : la conséquence, des échanges qui se multiplient avec des collaborateurs étrangers, une hausse de la mobilité internationale des salariés, des cultures qui se rencontrent, se découvrent ou s’entrechoquent. Car chaque pays a sa culture du travail : gestion du temps, productivité mais aussi manière de communiquer, relations sociales, rapport à la hiérarchie… autant d’éléments qui diffèrent d’un pays à l’autre. Comment le travail à la Française est-il perçu par nos amis de l’étranger ?

En France, il y a certes les horaires fixes, le fameux 9h-17h des 35h de Martine Aubry, comme un arbre qui cache la forêt. Mais la réalité est souvent toute autre et les semaines ont tendance à s’étirer. D’autant que l’entreprise française tend à souffrir d’une petite maladie : le présentéisme, censé représenter l’engagement et la performance d’un employé. Un concept que ne partagent pas la plupart de nos pairs occidentaux, qu’ils soient Allemands, Canadiens, Américains ou Britanniques. Aux Etats-Unis, on aura parfois du mal à comprendre qu’un salarié français s’obstine à vouloir fermer les locaux alors qu’il ne fait pas partie du management. Si dans la culture française, une personne qui travaille tard le soir démontre son implication, l’interprétation outre-Atlantique est toute autre : on y verra plus un manque flagrant d’organisation voire d’efficacité. De même en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni et ce quel que soit le niveau de responsabilité. De manière générale, les Germains commencent plus tôt (8h/8h30 contre 9h/9h30 en France) et se contentent d’une courte pause déjeuner (30 à 45mn) afin de profiter de leur fin d’après-midi et de leur soirée en famille ou entre amis. Outre-manche, la pause déjeuner tend également à se réduire comme peau de chagrin avec des pauses de 20 à 45 minutes souvent passées derrière le bureau un sandwich à la main. De telles différences culturelles induisent parfois des incompréhensions voire des épisodes d’énervement mutuels avec d’un côté le Néerlandais ou le Britannique qui ne parvient pas à joindre la France avant 9h ni entre 12h et 13h30, et le Français qui aimerait des renseignements de son collègue allemand à 18h30 et ne les recevra que le lendemain matin.

Au-delà de l’amplitude des horaires, c’est toute l’organisation du travail qui peut différer d’un pays à l’autre. Si certains aiment à gérer plusieurs projets de front, d’autres ne conçoivent pas de ne pas gérer chaque projet en son temps, de A à Z. A noter que les Français, adeptes du multi-projet sont également perçus comme étant adeptes du non respect des deadlines et du report desdits projets. Les Germains auront tendance à ne pas supporter les rapports, dossiers et projets divers à rendre « pour hier », devenus légion en France. Côté pauses, les Français sont avides d’anecdotes croustillantes autour de la machine à café. Oui, la pause café en France vaut tous les team-buildings du monde… En Allemagne et aux Pays-Bas par contre, on prendra plutôt son café derrière le bureau, en travaillant, quitte à délaisser quelque peu l’aspect social de la pause. Pas le temps de bavarder ou de trop s’étendre sur le week-end ou la rentrée des enfants ; le travail d’abord ! Les journées sont par conséquent plus denses qu’en France et quand sonne l’heure de la sortie, rares sont ceux qui s’attardent.

Les réunions commencent dès le début de matinée, s’étendent parfois pendant le déjeuner mais ne sont que très rarement programmées en fin de journée dans les pays du Nord. On y parle de manière plus factuelle, « to the point », droit au but. Si le retard en réunion est très mal toléré dans les pays asiatiques, il est mieux accepté en Europe où l’on comprend les difficultés de circulation, de garde d’enfants, etc. Mais encore faut-il prévenir son interlocuteur et formuler les excuses de circonstance.

La communication, voilà peut-être ce qui peut le plus amuser dans les relations au sein d’entreprises implantées à l’international. Incompréhensions au moment des présentations, des salutations (si les Latins se montrent souvent chaleureux, d’autres ont besoin de leur espace), dans les e-mails (du très formel mail français « Cher Monsieur… Sincères salutations.. » à l’informel anglais « Hello James, cheers »), en réunion, tout y passe. Si l’on a tendance à se jauger dans les réunions françaises, à vouloir s’affirmer ou montrer de la déférence, on tend plutôt à dédramatiser l’évènement en Grande-Bretagne, s’autorisant plus facilement le recours à l’humour. Dans les échanges écrits, un Français écrira bien souvent un roman, formulera diverses interrogations, le tout pour en arriver à une version relativement peu claire (pour les autres) de la demande formulée. A l’inverse, un Néerlandais semblera quelque peu abrupt mais saura faire passer son message en quelques lignes, dans un souci d’efficacité uniquement. Dans la culture latine, et plus particulièrement française, ce style très direct sera interprété et considéré comme agressif et irrespectueux. Les Latins sont dans l’émotionnel tandis que les Anglo-Saxons et plus encore les Germains sont dans le factuel, se concentrant sur l’objet du travail et non sur la personne qui en est responsable. Si chez les Latins « no news is good news”, ce n’est pas le cas chez les Anglo-saxons qui préfèrent être informés des avancées des projets (même lorsqu’il n’y en a aucune, en fait).

Sur le plan hiérarchique, le système pyramidal à la Française pose parfois problème aux étrangers venant travailler en France. De même, les expatriés français seront souvent décontenancés en arrivant dans un pays où l’on tutoie le patron en l’appelant par son prénom voire le rencontre pour une partie de tennis ou de golf le week-end. En Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, les rapports entre les employés, l’employeur et les différents cadres se ressentent comme plus égalitaires.

Enfin, dans les rapports humains, la culture française d’inspiration latine peut perturber nos voisins. On se touche beaucoup, de la poignée de main à la bise en passant par la tape amicale sur l’épaule. Une proximité que les Asiatiques par exemple ont énormément de mal à assimiler dans le milieu professionnel.

Sources : La relativité du temps de travail sur RH Info, Les différences culturelles dans le milieu de l’entreprise sur Union des Français de l’étranger et l’Express du 13/07/2012.




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